La Droite Citoyenne La Droite Citoyenne

Hans-Hermann Hoppe – Liberté d’immigrer ou intégration forcée ?

Seuls les communistes peuvent prôner la « liberté  d’immigrer »,  parce qu’elle implique  une négation du Droit de propriété  sur le sol,  que ce Droit soit individuel ou exercé  en commun :  l’immigrationnisme  inconditionnel  est un slogan communiste,  ce n’est pas une norme libérale.  Et c’est implicitement approuver le principe communiste de la « propriété publique »  que de permettre  à n’importe qui  d’en disposer n’importe comment.

Si « l’état » ne tient pas à l’écart du territoire « national » les « étrangers » que la majorité de la population juge indésirables, il n’y a plus de démocratie ;  et si « l’état » ne tient pas à l’écart du territoire « national » les « étrangers » que le « souverain » juge indésirables, il n’y a plus d' »état » du tout.

Il est vrai que « l’anarcho-capitalisme,  stade suprême du libéralisme »,  fait entièrement disparaître le « problème » de l' »immigration » :  parce que dans cette régulation-là  des mouvements de personnes,  le Propriétaire Naturel  invite  chez  soi qui lui plaît  et rejette souverainement qui ne lui plaît pas,  sans  rendre de comptes  à personne.  Alors,  il n’y  a plus  d' »immigrés »  mais seulement des « invités »  et le problème est résolu.  En fait, « résolu » n’est même pas le mot,  ce problème-là  n’y existe tout simplement pas.

Cependant,  tout le monde n’est pas anarcho-capitaliste : tout le monde n’est pas aussi sûr qu’on peut se passer de la sorte  de l’état ultra-minimal qui assure la défense.  On trouvera  probablement l’idée  plus convaincante lorsqu’un spécialiste de l’histoire militaire nous aura montré comment  ça peut marcher.

En attendant,  aussi longtemps qu’on n’est pas strictement anarcho-capitaliste, la distinction « national/étranger » s’impose ipso facto, et on ne peut pas raisonner comme si elle n’existait pas ; aussi longtemps qu’on ne vit pas dans l’anarcho-capitalisme, la distinction entre le « national »  et l' »étranger » existe forcément ;  elle implique des Droits différents, et méconnaître cette différence c’est se moquer du Droit.

Le libéralisme au sens traditionnel, dans la mesure où il  accepte  l’état minimal,  ou à tout le moins,  l’état ultra-minimal,  celui qui assure  la défense  et rien d’autre,  est de ce fait contraint de reconnaître cette distinction  ;  en conséquence,  ses adeptes auraient tort  de dire  que ce serait  la redistribution politique  qui crée  le « problème  de l’immigration »,  et que  l’abolition du socialisme,  avec ses prétendus « services publics »  et autres prétendus  « droits sociaux »,  le ferait entièrement disparaître.

Il est vrai que dans le socialisme,  une bonne partie des immigrés  vivent d’argent volé aux producteurs indigènes,  dans des logements volés aux producteurs indigènes,  allant dans des écoles volées aux producteurs indigènes  et dans des hôpitaux volés aux producteurs indigènes, et que  cette criminalité  institutionnelle  est aussi inadmissible  qu’elle est insupportableA.
Il est donc parfaitement vrai  qu’en  abolissant le semi-esclavage socialiste,  en réduisant au minimum l' »espace public »,  les « parties communes »  imposées sur les dos  des producteurs indigènes,  on abolirait l’injustice  de cette exploitation,  les conflits qu’inévitablement  elle engendre  ainsi que le ressentiment et l’hostilité  qu’elle inspire  à ses victimes  vis-à vis des receleurs de ces vols.

Il reste cependant que,  logiquement,  ce n’est pas  du socialisme  pseudo-démocratique que naît  le problème de l’immigration :  par nature,  c’est de l’existence de l’état qu’il naît ;
il est donc nécessairement absurde  de condamner dans son principe la police de l’immigration :

    — parce qu’on l’a, par implication,  automatiquement acceptée  si on n’a pas condamné l’état dans son existence même,

    — parce que dans l’anarcho-capitalisme le mot « immigration »  n’a pas de sens,

    — et parce que le communisme, sous toutes ses variantes,  est un absurdisme.

Dès lors qu’il existe  une organisation de défense  commune à plusieurs propriétaires,  il apparaîtra forcément  des différences d’opinion  entre ces propriétaires,  sur ce qu’est pour eux un « étranger indésirable »  et sur les moyens de le tenir à l’écart.  Ces différences d’opinion,  on sait bien qu’elles vont exister  dès lors qu’on organise  une défense en commun,  et il est injustifié de laisser entendre qu’elles disqualifieraient le concept,  ou sa mise en œuvre ;  ce sont les règles  internes de l’organisation,  dans la mesure où ses membres les ont volontairement acceptées,  qui justifieront ses choix, qu’ils les aient voulues « démocratiques » ou non.

Quand il envisageait  diverses organisations volontaires de la défense commune sans référence à une règle majoritaire érigée en principe,  Hans-Hermann Hoppe  n’envisageait nullement qu’aucune d’entre elles  laisse entrer n’importe qui à n’importe quelle condition — ce serait nier leur raison d’être même :

    « à la différence  d’un envoi de produits,  un mouvement de population  n’est pas en soi  un événement qui bénéficie  aux deux parties, parce qu’il n’est pas toujours — nécessairement et invariablement —  le résultat d’un accord entre un destinataire spécifique et un expéditeur particulier. Il peut très bien y avoir des envois (immigrants) qui, dans le pays, n’ont pas de destinataires qui soient d’accord  pour les accueillir.  Dans ce cas-là, les immigrants sont des envahisseurs étrangers,  et l’immigration constitue un acte d’invasion.
    Il est certain que le rôle protecteur de base de l’état  comprend la lutte contre les invasions étrangères  et l’expulsion des envahisseurs étrangers.  Et il est tout aussi certain que  pour ce faire,  et pour contraindre les candidats à l’immigration  à se plier aux mêmes exigences que les produits importés  (= que des résidents du pays  les aient invités à le faire),  les hommes de l’état ne peuvent pas autoriser l’immigration inconditionnelle… »

Il s’ensuit  qu’il est faux  que le libéralisme  implique  par principe la « liberté d’immigrer »
— et ce n’est  pas vrai  non plus de l’anarcho-capitalisme,  puisque dans l’anarcho-capitalisme  il n’y a pas d' »immigrés » mais uniquement des « invités ».
Seuls les communistes peuvent prôner la « liberté  d’immigrer »,  parce qu’elle implique  une négation du Droit de propriété  sur le sol,  que celui-ci soit individuel ou exercé  en commun :  l’immigrationnisme  inconditionnel  est un slogan communiste,  ce n’est pas une norme libérale.

C’est aussi un sophisme  que de disqualifier la police de l’immigration parce que le gouvernement qu’on se trouve  avoir est illégitime :  encore une fois,  on ne peut le faire  que  si c’est l’état  que l’on déclare illégitime,  et dans le principe de son existence même.
Un gouvernement illégitime  peut prendre des décisions qui sont bonnes  en soi :  je peux donc approuver qu’un gouvernement, au nom de sa « légalité »,  expulse des « étrangers »  que je ne veux pas  avoir pour voisins,  même si  ce gouvernement est par ailleurs usurpateur et criminel au regard de la justice naturelle.
En outre,  la légalité  est elle-même en soi une norme politique essentielle,  parce qu’on ne peut pas justement punir quelqu’un  pour un acte qui était légal  au moment de l’accomplir.
C’est d’ailleurs parce qu’on reconnaît cette valeur intrinsèque de la légalité — ne serait-ce que pour les raisons  données par Hayek,  comme moyen irremplaçable  de prévoir l’action d’autrui — que l’on promulgue  des Constitutions,  Déclare des Droits,  élabore un « droit international humanitaire » :  pour que des criminels étatiques ne puissent plus échapper à la punition de leurs crimes  au motif que ces crimes étaient alors « légaux ».

C’est un autre sophisme  que de refuser de tirer les conséquences du fait  que des esclavagistes sont des esclavagistes,  sous prétexte qu’on ne saurait pas s’ils ont vraiment choisi de l’être, ou qu’ils n’en seraient pas  dans une société  libre.
Aussi longtemps  que la police nous impose le socialisme,  les gens qui vivent par la force sur mon dos  sont mes exploiteurs et mes ennemis,  et tout ce qui peut les empêcher de me nuire,  et leur faire rendre gorge,  va dans le sens de la justice :  si les hommes de cet état socialiste prennent des décisions  qui atténuent cette exploitation esclavagiste,  à cet égard  de telles décisions sont justes par définition,  toutes choses égales par ailleurs.

Murray Rothbard  avait commencé  par dire  qu’il fallait laisser n’importe qui  entrer sur la « propriété publique »,  à n’importe quelles conditions,  pour que tout le monde  s’aperçoive de son anomie foncière ;  mais il a changé  d’avis,  d’abord parce que tout le monde  est loin de comprendre ce qui se passe, de sorte que les désordres et les scandales qu’on y observe ne conduisent que rarement à la mettre en cause dans son principe,  et surtout  parce que
c’est implicitement approuver le principe communiste de la « propriété publique »  que de permettre  à tout le monde d’en disposer n’importe comment
.
Ladite  « propriété publique »  n’est pas « res nullius »,  elle appartient aux  gens normaux  à qui les hommes de l’état l’ont prise par la force,  et si on la condamne  ce qu’il faut exiger c’est qu’on la gère autant que possible  comme si on ne la leur avait pas volée,  c’est-à-dire à leur service exclusif.

Alors  évidemment, c’est par définition que l’existence même  de cette « propriété  publique » interdit à ses victimes de faire prévaloir leurs préférences en la matière ; mais c’est justement pour cela  qu’il est absurde  d’affirmer  par principe  que n’importe  qui aurait le Droit de s’y installer  sous prétexte  que ceux  qui s’opposent  à cette invasion ne peuvent pas,  et par hypothèse ne pourraient pas  faire connaître leur opposition.

Si on applique ce raisonnement à la réalité historique,  c’est par définition que la justice naturelle condamne  une  politique d’immigration qui implique en droit ou en fait  une usurpation  massive  de la propriété des producteurs indigènes.
L’immigrationnisme  inconditionnel est une absurdité communiste,  c’est le contraire même de la norme libérale dont le prototype est,  en l’espèce,  la première appropriation du sol.
Ce n’est vraiment pas sans raison  si le mouvement des « sans-papiers » est mené par des communistes et autres négationnistes du Droit des indigènes dans les pays occidentaux.

______________________________________

A Il est également vrai  que le caractère  clandestin de l’immigration sans-papiériste   ne fait qu’atténuer  ce scandale :  les immigrationnistes peuvent bien faire valoir,  parce que c’est exact,  que  l’exploitation,  les bas salaires,  le racket,  voire une partie de la délinquance,  ne sont que  des conséquences de la clandestinité ; que les « sans-papiers »  travaillent dur,  et sont de ce fait  pour la plupart déjà intégrés dans la société  civile.
Il n’en reste pas moins  que, dans le socialisme,  ces caractéristiques désirables  sont elles-mêmes tout autant  une conséquence de la clandestinité en question  et  que  la « régularisation »  ferait disparaître  leur vertu principale : en effet,  une fois « régularisé »,  l’ancien clandestin deviendra un oppresseur esclavagiste de plus, et vivra donc d’argent volé aux producteurs indigènes, dans des logements volés aux producteurs indigènes,  allant dans des écoles volées aux producteurs indigènes et dans des hôpitaux volés aux producteurs indigènes ;  alors, c’est l’exploitation qu’il leur infligera avec la complicité  des hommes de l’état  qui donnera la mesure de son « intégration ».
Le semi-esclavagisme socialiste fait des immigrés clandestins des oppresseurs esclavagistes en puissance, parce que leur « régularisation »  en fera  des esclavagistes en acte ;  parce que  dans ce semi-esclavage-là,  la plupart des « immigrés », même temporairement « clandestins »,  finiront par vivre par la force sur le dos des co-propriétaires supposés du pays d’accueil.

 

Retour à la page précédente